
Directive Anti-Greenwashing : Ce que les Agences Doivent Faire Avant le 27 Septembre 2026
La Directive UE 2024/825 fait des allégations de durabilité non vérifiables une pratique commerciale interdite dès septembre. Avec 67 % des agences déjà non conformes, voici la checklist en 10 points pour éviter des amendes jusqu'à 4 % du CA.
Si votre site affiche "eco-friendly" — il vous reste moins de 90 jours pour le prouver
Le 27 septembre 2026 entre en vigueur la Directive UE 2024/825, dite "Empowering Consumers for the Green Transition". À partir de cette date, toute allégation environnementale sur le site web, les brochures, les publications sur les réseaux sociaux ou les emails marketing de votre agence devra être étayée par des preuves vérifiables. Sinon, c'est une pratique commerciale interdite — avec des amendes pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires annuel.
Ce n'est pas une proposition. Ce n'est pas en cours d'examen. C'est une loi déjà transposée par les États membres avant le 27 mars 2026. Et elle concerne directement les agences de voyages et les tour-opérateurs qui communiquent sur la durabilité auprès de leurs clients.
Le problème : selon le rapport ASA de 2025, sur 362 000 annonces numériques d'agences analysées, 67 % de celles contenant des allégations environnementales étaient probablement non conformes aux règles de communication verte. Deux agences sur trois qui parlent de durabilité le font d'une manière qui, à partir du 27 septembre, sera illégale.
Ce que la Directive 2024/825 interdit exactement
La directive modifie les règles européennes sur la protection des consommateurs et les pratiques commerciales déloyales. Les interdictions les plus pertinentes pour le secteur du voyage :
Allégations environnementales génériques sans preuves. Il est interdit d'utiliser des termes comme "écologique", "vert", "eco-friendly", "respectueux de l'environnement" ou "durable" sans pouvoir démontrer des performances environnementales excellentes et reconnues. "Notre circuit est durable" sans données vérifiables ? Pratique commerciale déloyale.
"Neutre en carbone" basé sur la compensation. C'est le changement le plus discuté. Il est interdit de déclarer qu'un produit a un impact neutre, réduit ou positif sur les émissions lorsque l'allégation repose sur la compensation d'émissions en dehors de la chaîne de valeur du produit. Des claims comme "voyage zéro impact", "vol neutre en carbone" ou "circuit CO₂ compensé" ne seront admissibles que si l'impact réel du cycle de vie du produit les justifie.
Labels de durabilité non certifiés. Les marques environnementales qui ne reposent pas sur un schéma de certification reconnu ou établi par une autorité publique sont interdites.
Allégations comparatives non vérifiables. Des phrases comme "le moyen le plus vert de voyager" ou "moins de carbone que l'avion" nécessitent des preuves objectives et une méthodologie accessible.
Attention : ne confondez pas avec la "Green Claims Directive"
La Directive (UE) 2024/825 (Empowering Consumers) est approuvée, en vigueur et obligatoire à partir du 27 septembre 2026.
La proposition de Green Claims Directive était une norme complémentaire dont la Commission européenne a annoncé le retrait en juin 2025. Elle n'est pas en vigueur.
Le retrait de la Green Claims Directive n'allège pas la pression : les obligations substantielles sur les allégations environnementales vivent dans la Directive 2024/825. L'idée qu'"il n'y a plus de réglementation anti-greenwashing" est fausse.
Le cas du voyage : exemples concrets pour les agences
Cas 1 — La page "Voyages durables" sur votre site. Si vous avez une section regroupant des circuits sous l'étiquette "durable" ou "eco-friendly", vous devez pouvoir démontrer ce qui rend chaque voyage réellement durable. Quelle certification ? Quels critères environnementaux mesurables ?
Cas 2 — Le fournisseur qui s'auto-certifie "green". La Directive s'applique à celui qui fait la communication au consommateur — c'est-à-dire vous. Si vous promouvez un produit comme vert, la responsabilité de la vérification est la vôtre.
Cas 3 — Le post Instagram "Voyage à impact zéro". Cette phrase est une allégation environnementale soumise à la directive. Sans données à l'appui, c'est une pratique commerciale interdite.
Cas 4 — La brochure avec un badge "éco-certifié". Si le badge ne correspond pas à un schéma de certification reconnu (Travelife, Green Globe, EU Ecolabel), il doit être retiré immédiatement.
Cas 5 — La newsletter "Nous compensons les émissions de vos vols". Vous pouvez dire "nous avons acheté des crédits carbone pour X tonnes de CO₂ via le projet Y, certifié par Z" — spécifique, vérifiable, pas générique. Mais plus "vol neutre en carbone".
Les sanctions : ce que vous risquez concrètement
Pour des infractions transfrontalières diffuses, les amendes peuvent atteindre au moins 4 % du chiffre d'affaires annuel dans les États membres concernés. En France, la DGCCRF est l'autorité compétente.
Au-delà de la sanction financière, le risque réputationnel est immédiat : à partir du 27 septembre, tout consommateur, régulateur ou concurrent peut contester une allégation environnementale et exiger les preuves.
Le rapport ASA : les données réelles sur les agences
L'Advertising Standards Authority a analysé 362 000 annonces numériques des principales agences britanniques entre août 2024 et juin 2025 :
- Moins de 1 % des annonces contenait une allégation environnementale - De ce 1 %, le 67 % était probablement non conforme - Claims les plus problématiques : "greener way to travel", "eco resort", "eco lodge", "carbon conscious" - Seules 33 % des claims étaient probablement conformes
Comme l'a souligné le rapport ETC/GDS-Movement : les claims doivent être "claires, spécifiques, basées sur des preuves et non trompeuses".
Checklist opérationnelle : 10 actions avant le 27 septembre
1. Audit des claims existantes. Révisez systématiquement site web, brochures, posts sociaux, emails marketing. Recherchez toute référence à durabilité, environnement, écologie, carbone, vert, impact zéro.
2. Classifiez chaque claim par niveau de risque. Claims génériques sans preuves = risque élevé, à supprimer ou transformer. Claims spécifiques avec preuves = risque faible.
3. Supprimez immédiatement les claims génériques non vérifiables. "Circuits durables", "voyagez vert", "eco-friendly" sans certification : supprimez-les aujourd'hui.
4. Supprimez les claims de neutralité carbone basées sur la compensation. Si votre programme ne repose pas sur une analyse du cycle de vie, la claim "neutre en carbone" doit disparaître.
5. Vérifiez les certifications des fournisseurs. Pour chaque fournisseur communiqué comme "durable" : quelle certification ? Schéma reconnu ? Encore valide ? Documentez tout.
6. Remplacez le générique par le spécifique. Au lieu de "hôtel eco-friendly" → "hôtel certifié EU Ecolabel". Au lieu de "circuit durable" → "circuit utilisant exclusivement le transport local et des guides communautaires".
7. Créez un registre de preuves. Pour chaque claim maintenue : source des données, certification, date de vérification, responsable interne.
8. Formez l'équipe (réseaux sociaux inclus). Créez des lignes directrices internes simples et partagées.
9. Révisez les contrats avec les TO/fournisseurs. Insérez des clauses exigeant la garantie de vérifiabilité des claims environnementales.
10. Communiquez ce que vous faites réellement. La directive n'interdit pas de communiquer sur la durabilité — elle interdit de le faire de manière vague. Si votre agence mène des actions concrètes, communiquez-les avec précision, données et transparence.
Ce que vous POUVEZ continuer à communiquer
Certifications reconnues. "Hôtel certifié Green Globe / Travelife / EU Ecolabel" → parfaitement licite.
Données spécifiques et vérifiables. "Ce circuit élimine tous les vols internes — tous les déplacements sont en train et bus locaux" → spécifique, mesurable.
Actions concrètes documentées. "Chaque réservation contribue 5 € au projet de reforestation XYZ, certifié Gold Standard" → spécifique avec projet, certification et résultat.
Engagements avec échéances. "D'ici 2027, 100 % de nos hôtels partenaires auront la certification Travelife niveau 2" → engagement futur avec échéance vérifiable.
Du risque réglementaire à l'avantage concurrentiel
La recherche publiée dans Frontiers in Sustainability identifie cinq formes majeures de greenwashing dans le tourisme : usage discutable d'éco-certifications, gestion des déchets inadéquate, claims de compensation trompeuses, utilisation non durable des ressources, et dissimulation de dommages socio-environnementaux sous l'étiquette "verte".
Les agences qui s'alignent tôt gagneront un double avantage : différenciation immédiate quand les concurrents devront réduire leurs claims, et confiance du consommateur — 62 % des voyageurs européens considèrent la durabilité dans leur choix, mais ne font pas confiance aux allégations génériques.
La deadline du 27 septembre n'est pas une menace pour ceux qui agissent maintenant. C'est une opportunité pour se démarquer dans un marché où la crédibilité deviendra le premier critère de choix.
Ressources utiles
- Texte intégral Directive (UE) 2024/825 — source primaire - ETC/GDS-Movement : Navigating Green Promises with Proof — guide opérationnel tourisme - ASA Snapshot Report — données réelles sur les agences - EU Transition Pathway for Tourism — ressources compliance - ECTAA Manifesto 2024 — position des associations professionnelles
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